Cela fait deux longues années que Peter et moi avons quitté Narnia. A notre retour, la situation n'avait pas changé. Nous étions toujours orphelins, sauf que maintenant plus personne ne voulait nous adopter.
Durant tout ce temps, nos innombrables tentatives d'y retourner on commencé à me lasser de tout, du goût de la vie.
Pour protéger mon c½ur et mes souvenirs passés, je me suis refermée sur moi-même.
Je ne parle plus, je ne souris plus, sauf à Peter. Je me laisse vraiment aller, ma vie ne tient plus qu'a un fils. Mon frère tente désespérément de me faire reprendre le cours de mon existence. Il pense que un jour peut-être, je guérirai mais il n'en est pas convaincu.
Lui aussi sait que la seule chose qui serait capable de me guérir ce serait un retour à Narnia. Là ou tout à commencé, là ou nos vies avaient un sens. Moi, j'étais la reine Suzanne , belle, respectée et respectable. Peter lui, était le grand roi de Narnia, monarque magnifique que toutes les femmes et tous ses sujets aimaient et admiraient, et ils avaient bien raison.
Ici, à Finchley, en Angleterre; nous sommes deux adolescents anonymes qui logent dans l'orphelinat du quartier de la colombe. Deux personnes qui laissent passer de plus en plus difficilement , de jours en jours, le cours de leur insignifiante vie. La différence entre les deux mondes ce fait durement sentir. A un tel point qu'on est entrain de mourir, tous les deux, chacun à son rythme.
Aujourd'hui, la journée se termine comme toutes les autres. Je sors du lycée à 15h00; pour aller rejoindre Peter au métro qui nous ramènera aux portes de l'orphelinat. Je suis les cours pour élèves avancés, les garçons de ma classe sont ennuyeux comme la pluie, mais le pire de tout ce sont les professeurs qui me mettent la pression pour que j'ouvre la bouche. C'est peine perdue, je n'en ai pas envie et ce n'est pas prêt de changer.
Alors que j'approchais de la station de métro, j'entendis une bandes de jeunes qui criaient. Comme lorsqu'une bagarre a lieu et que les badauds autour encourageaient celle-ci. D'habitude, je ne prêtais pas de réelle attention à ce genre de choses mais là, je le devais. Je me glissais au milieu des spectateurs pour voir qu'un des duellistes était Peter. En quelques secondes, les garçons qui l'entourait cessèrent tout mouvement. Ils devaient se douter que si il arrivait le moindre mal à mon frère; je m'en mêlerai et cela terminerai mal pour eux, très très mal. Les rares fois ou j'ai du me battre, j'avais toujours remporté mes duels, sans le moindre effort. Je regrettais de ne pas avoir mon étui, mon arc et mes flèches pour les battre à plates coutures. Ainsi, la foule se calma et les gens se dispersèrent dans la station sans que ne me parvienne aucun commentaire. Une fois calmée, j'allais relever Peter que ses adversaires avaient mis à terre. Bien sur mon intervention ne lui avait encore pas plus. Il s'entêtait à penser que si il avait un problème quel qu'il soit, je devais le laisser le régler sans poser de questions. Mais je savais que notre départ lui avait hotté toute envie de se battre. Après m'être assurée qu'il n'était pas blessé, je m'assis sur un banc, ou il me rejoint avant de se mettre a ronchonner:
-Mais quand est-ce que tu vas me laisser régler mes problèmes seul?
-Je n'ai même pas eu à intervenir cette fois, les gars contre qui tu te battais étaient de vraies femmelettes. Dès qu'ils m'ont vus, ils ont fuis comme des poules qui auraient aperçus un loup affamé!
-Oui... mais je continue de penser que si tu n'étais pas venue, je les aurais réduits en purée.
-Je m'en doute. Mais au faite, que te reprochaient-ils cette fois?
-L'un d'entre eux m'avait faits un croche pied avant de me demander de m'excuser, je suis désolé mais ça à été plus fort que moi, je l'ai frappé.
-Pfft et moi qui te croyais au dessus de tous ces jeux de gamins attardés, je...
-Je ne suis pas un gamin attardé seulement, il n'y a pas si longtemps je..
Soudain, je baissais les yeux menaçants que je braquais sur lui pour les diriger sur mes genoux. N'y échappant pas, il se tut. Je n'avais pas besoin de lui dire ce que la suite de sa tirade m'inspirait pour qu'il s'impose de lui-même le silence. Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'il ne mette sa main sur la mienne et ne me dise:
-Je suis désolé, je n'aurais pas du dire ça. Mais tu sais que depuis deux ans, je ne suis plus le même je..
-Laisse tomber, seulement j'apprécierais que tu ne prennes plus le prétexte de Narnia pour justifier tes...
Alors que j'allais une nouvelle fois pardonner Peter. Quelque chose de tout à fait incroyable se produisit.
Alors que nous nous trouvions toujours assis sur notre banc, dans la station de métro. Un coup de vent terrible souffla et nous balaya le visage. Comme pour me protéger, Peter me prit derechef dans ses bras des quels je ne me détachais pas. Nous avions tous les deux fermés les yeux, quand un long et horrible bruit se fit entendre. Autour de moi, Peter raffermit sa prise. Ni lui ni moi n'osâmes rouvrir les yeux. De peur ou par simple mesure de précaution, je ne le savais pas. Seule, je me décidais de les rouvrir.
Ce que je vus me laissa sans voix. D'ailleurs, je frôla le bras de mon frère avant de lui chuchoter qu'il regarde. Il attendit une seconde et s'exécuta. Comme moi, sa vision le laissa pantois. Les mains liées, nous nous levâmes de notre banc dur et froid, pour apercevoir devant nous quelque chose de tout à fait impensable. Alors que autour de nous, il n'y avait plus un bruit, plus un souffle, nous étions seuls avec notre étrange vision. Personnellement, j'avais l'impression que je n'allais pas tarder à me réveiller, que je vivais un rêve. Avant que le vent ne nous contraigne à fermer les yeux , nous étions dans la station de métro. Une fois nos yeux réouverts , j'avais remarqué que nous étions seuls dans la station. Mais le pire c'est que devant nous, se trouvait un train. Vu comme cela, ce n'est pas très extraordinaire mais ce qui attirait tant notre regard c'était qu'a travers ce train dont les portes étaient toutes ouvertes, nous pouvions apercevoir une plage. Un magnifique océan turquoise dont la beauté des vagues n'avait d'égal que le sublime blanc de la plage sur lesquelles s'échouaient les ondulations écumeuses. D'un pas hésitant, nous traversâmes le train, pour finalement atterrir dans ce décor de rêve. Derrière nous, le train et la station avaient disparus pour laisser place à une grotte sombre et humide. Et alors que je restais sous le choc, Peter lui avait lâché ma main et commençait déjà à parcourir l'endroit ou nous étions. Moi, je n'osais pas bouger, ayant trop peur que cette superbe vision ne prenne fin. Il se passa quelques secondes avant que mon frère ne se mette à courir vers l'eau en hurlant de joie. Mon étonnement empêchait les mots de sortir de ma bouche et mes jambes du moindre mouvement. D'un seul coup, je vus Peter revenir vers moi et me prendre dans ses bras pour me faire tournoyer. Puis, il prit mon visage dans ses mains avant de me dire:
-Tu ne réalises pas?
-Réaliser quoi? Chuchotais-je
-Regarde, me dit-il en désignant la plage, est-ce que tu as déjà vu des plages aussi belles et un océan aussi bleu dans notre monde?
Aussitôt, je me libéra de ses bras et commençais à arpenter la plage avant de répondre à mon frère:
-Nous sommes de retour à..
-Narnia! Me dit-il joyeusement
Sous l'effet de l'émotion, je sentis soudain le sol se dérober sous mes pieds.
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